Compte rendu et bilan du débat sur le PNGMDR

Le 25 novembre 2019, la Commission nationale du débat public et la Commission particulière du débat public ont présenté le bilan et le compte rendu du débat public relatifs à la 5ème édition du plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs (PNGMDR).

Pendant cinq mois, ce débat a permis d’aller à la rencontre du public, souvent familier du thème du nucléaire, grâce à vingt-trois réunions à Paris et en région ainsi qu’à la mise en place d’outils numériques diversifiés, tel qu’une plateforme participative. Malgré la très grande sensibilité du sujet et son caractère très clivant, et même si parfois des perturbations se sont produites, les rencontres se sont déroulées le plus souvent dans un climat respectueux, propice à des échanges argumentés et contradictoires. Le débat a été dense et riche d’enseignements non seulement sur les enjeux relatifs aux questions techniques du plan (classification des substances radioactives en matières ou déchets, sort des déchets de très faible activité issus des opérations de démantèlement, capacités d’entreposage des combustibles usés, gestion des déchets ultimes ..) mais également sur des thèmes transversaux tels que les impacts sanitaires et environnementaux, la sureté et la sécurité des transports, les impacts territoriaux…

Au-delà de la persistance d’avis opposés et tranchés, notamment sur le recours à l’énergie nucléaire et le projet de stockage géologique profond Cigéo, les participants ont placé l’éthique à travers la question du leg aux générations futures, la gouvernance et la mobilisation citoyenne au cœur de leurs préoccupations.

Les droits de « vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé » et de « participer à l'élaboration des décisions publiques ayant une incidence sur l'environnement » ont trouvé une résonance très forte tant il est apparu qu’il existe un besoin de repenser le lien entre la société civile et ceux, acteurs institutionnels, économiques, associatifs ou experts qui sont impliqués dans la gestion des déchets et des matières radioactifs, et plus largement dans les choix de la politique énergétique française.

Il est indispensable que des réponses argumentées soient données par les responsables du plan aux questions évoquées dans le débat et qu’un dispositif continu d’association du public à l’élaboration des décisions à prendre soit mis en place de façon pérenne. L’évaluation et la révision décennale du dispositif de gestion des matières et déchets radioactifs et la concertation post-débat public, prévues par la loi, permettent l’adaptation des décisions à venir aux incertitudes de l’avenir, dans un cadre concerté.

Isabelle Harel-Dutirou, présidente de la commission particulière du débat public

Interventions de la présidente de la commission particulière du débat public lors de la présentation du bilan et du compte rendu du débat :
> Lire le discours d’ouverture
> Lire la conclusion

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contact Presse CPDP PNGMDR

Denis Deschamps
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06 61 11 32 86

 

Dossiers de presse

pdf Dossier de presse - Présentation du débat public

Communiqués de presse

pdf Invitation à la réunion d'ouverture du débat du 17 avril 2019

pdf Communiqué de presse du 4 mars 2019

Dépliants du débat

> Le dépliant du débat

 

 

 

Pour compléter les autres modalités du débat public, la commission a mis sur pied un « groupe miroir » qui a vocation à introduire un effort de diversité des publics invités à s’exprimer et de proposer à un groupe de citoyens de s’impliquer dans le temps.

Découvrez l'avis du groupe miroir

 

Consultez l'avis produit par le groupe miroir :

- version longue
- sous forme de dépliant

Qui participe ?

Ils ont entre 23 et 64 ans, ils sont enseignant, secrétaire administrative, agent hospitalier, architecte, technicienne de maintenance ou encore chef d’entreprise… Les 7 femmes et les 7 hommes qui constituent le groupe n’ont aucun lien personnel ou professionnel avec les filières de production ou de gestion des déchets radioactifs, ni avec les associations impliquées dans ce domaine.

Ils ont été recrutés par un institut spécialisé qui a observé les critères suivants :
- Parité homme-femme
- Diversité des tranches d’âges
- Diversité des régions d’habitation
- Diversité des catégories socioprofessionnelles au sens de l’INSEE

> Retrouvez ici la liste complète des régions et des professions représentées au sein du groupe

 

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Quand et où ? Quelles modalités ?

Le groupe miroir s’est réuni à trois occasions, pendant le week-end (du vendredi à 19h00 au dimanche à 13h00).
Les trois sessions de travail se sont tenues à Paris :
- Session 1 : du 22 au 24 février 2019
- Session 2 : du 29 au 31 mars 2019
- Session 3 : du 17 au 19 mai 2019

La première session a été consacrée à une information générale sur le sujet, à la définition du thème dont le groupe miroir s’est saisi et à la définition de critères pour le choix des intervenants de la session suivante.
La deuxième session a été consacrée à l’audition des intervenants.
La troisième session a été consacrée à la rédaction de l’avis de groupe miroir.
Enfin, certains membres du groupe miroir (2 au total) ont participé aux visites suivantes :
- La Hague (le 10 avril 2019)
- Centre Iceda (le 22 mai 2019)

> Retrouvez ici la liste complète des personnes auditionnées lors de la deuxième session

> Retrouvez ici le verbatim des interventions de la deuxième session

> Consultez les auditions du groupe miroir en vidéo

 

Quels débouchés ?

A l’issue de sa première session de travail, le groupe miroir a choisi de se saisir de la question suivante : « Que nous a-t-on légué et que léguerons nous à nos enfants ? »

Il a produit un avis dont il a souhaité qu’il puisse être diffusé largement auprès du grand public et dont la version longue se décline sous la forme d’un dépliant qui sera diffusé via les grands canaux de communication du débat public (site internet, réseaux sociaux, débats mobiles…).

Ses conclusions seront versées au compte rendu du débat, et il fera l'objet d'une transmission spécifique aux maîtres d'ouvrage (Ministère de la Transition écologique et solidaire et l’Autorité de Sûreté Nucléaire).

 

PNGMDR groupemiroir photo2

 

Présentation de la cartographie des acteurs

Cette cartographie des acteurs a une vocation pédagogique et présente les organismes concernés par la gestion des matières et déchets radioactifs, qu'ils participent ou non au débat public.

La gestion des matières et déchets radioactifs implique de très nombreux acteurs, parmi lesquels :

  • Des acteurs institutionnels : le Ministère de la Transition écologique et solidaire, notamment la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), qui élabore et met en oeuvre la politique relative à l’énergie ; l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) qui, pour le Parlement, évalue le plan national de gestion ; le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) qui est une instance d’information, de concertation et de débat, sur les risques liés aux activités nucléaires et leurs impacts sanitaires et environnementaux ; l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et l’Autorité de sûreté nucléaire de la défense (ASND) qui assurent le contrôle de la sûreté nucléaire et de la radioprotection ; l’IRSN qui est un établissement public à caractère industriel et commercial assurant des activités de recherche, un appui technique et opérationnel aux pouvoirs publics, des prestations d’expertise et d’étude.
  • Des producteurs de déchets radioactifs et détenteurs de matières radioactives : EDF ; Orano ; le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA).
  • L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA), établissement public à caractère industriel et commercial, qui, notamment, réalise l’inventaire national des matières et déchets radioactifs en France, conçoit et met en œuvre des solutions de gestion pérennes pour les déchets Haute Activité / Moyenne Activité – Vie Longue (HA/MA-VL), exploite les centres de stockage.
  • Les acteurs de la société civile et associations de protection de l’environnement : France nature environnement (FNE), Greenpeace, Wise Paris, Global Chance, etc.

Le plan national de gestion est préparé au sein d’un groupe de travail pluraliste regroupant la plupart des acteurs sus mentionnés et coprésidé par la DGEC et l’ASN. Ce groupe de travail se réunit plusieurs fois par an.

 

pdfTélécharger la cartographie des acteurs

 

 

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Carto acteurs p2

Carto acteurs p3

 

 

 

 

ANDRA : Agence nationale des déchets radioactifs

ASN : Agence de sûreté nucléaire

CEA : Commissariat à l’énergie atomique

DGEC : Direction générale de l’énergie et du climat

EDF : Electricité de France

EPR : Evolutionary Pressurized water Reactor (réacteur à eau pressurisée – nouveau type de réacteur nucléaire développé par AREVA-NP).

FA : Faible activité

FAVL : Faible activité vie longe

FNE : France Nature Environnement

HA : Haute Activité

HAVL : Haute activité vie longue

HCTISN : Haut Comité pour la Transparence et l’information sur la sûreté nucléaire

IRSN : Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire

MA : Moyenne Activité

MAVL : Moyenne Activité vie longue

REP : Réacteurs à eau pressurisée

RNR : Réacteurs à neutrons rapides

TFA : Très faible activité

UNGG : Uranium Naturel Graphite Gaz (ancienne filière de réacteurs nucléaires)

VL : Vie longue

Le plan national soumis à débat public est un outil de pilotage de la gestion des matières et déchets radioactifs (Art. L542-1-2 du code de l’environnement) mis à jour tous les 3 ans depuis 2006, il s’inscrit dans différentes échelles de temps, ce qui peut compliquer la perception de sa portée. 

En effet, le PNGMDR est par nature :

  1. Descriptif : il dresse le bilan de la gestion des matières et déchets radioactifs dans les années récentes
  2. Prédictif: il recense les besoins d’entreposage et de stockage et précise les capacités des ouvrages nécessaires ainsi que les durées d’entreposage
  3. Prospectif : il prescrit des recherches et des études sur la gestion des matières et déchets radioactifs
  4. Prescriptif: il formule des recommandations pour la mise en œuvre de nouveaux modes de gestion, la création d’installations ou la modification d’installations existantes.

Le PNGMDR s’inscrit dans le cadre juridique suivant :

  • La loi du 30 décembre 1991 (loi « Bataille ») relative aux recherches portant sur la gestion des déchets radioactifs, qui a conduit à la création de l’ANDRA (Agence Nationale de Gestion des Déchets Radioactifs)
  • La loi-programme du 28 juin 2006 (loi « déchets ») relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs, qui a notamment instauré le principe du stockage réversible en couche géologique profonde des déchets radioactifs à vie longue de haute ou de moyenne activité.

Le PNGMDR est également régi par une directive européenne :

  • La directive 2011/70/Euratom du 19 juillet 2011, (directive « déchets ») qui impose que les États membres se dotent d’une politique nationale de gestion du combustible usé et des déchets. Cette directive consacre les principes suivants :
    • pollueur-payeur, avec une responsabilité en dernier ressort de l’État membre pour les déchets radioactifs produits sur son territoire
    • minimisation du volume et de la nocivité des déchets radioactifs produits
    • protection de la santé des personnes, de la sécurité et de l’environnement
    • stockage des déchets dans le pays où ils ont été produits.

Bien qu’en étant à sa 5ème  édition, le PNGMDR est pour la première fois soumis au débat public, le code de l’environnement ayant été modifié en 2016 pour y soumettre tous les grands plans et programmes des politiques publiques. Chaque nouvelle édition de ce plan est approuvée par décret et inscrite dans le code de l’environnement. Le présent débat va servir à nourrir la décision publique d’approbation de la version définitive du 5ème plan.

Le débat public doit mettre en lumière comment ce plan s’inscrit dans la politique énergétique nationale et ses évolutions possibles, notamment la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), suite aux annonces faites par le Gouvernement fin novembre pour la PPE 2019-2028.

La loi du 25 juillet 2016 qui précise les modalités de création et d’installation de stockage réversible en couche géologique profonde des déchets radioactifs HA et MA-VL.

Quelques exemples concrets pour illustrer la portée du débat sur le PNGMDR

  • L’objectif de fermeture de 14 réacteurs nucléaires d’ici 2035, annoncé par le gouvernement dans la cadre de la PPE peut conduire à mettre en débat s’il est acceptable ou non de recycler des déchets de faible activité à vie longue (FAVL) issus du démantèlement de certaines parties d’installations nucléaires, et si oui en-dessous de quel niveau de contamination (ce que l’on appelle le « seuil de libération»).
  • Autre exemple : un des thèmes du débat proposé par la commission qui l’organise portera sur la nécessité ou non d’augmenter les capacités d’entreposage des combustibles usés. Le débat public ne portera pas sur tel ou tel projet localisé de piscine d’entreposage mais il doit permettre de décrire dans chaque cas envisagé quelles décisions sont susceptibles d’être prises avec quelles conséquences et quelles sont les échéances ultérieures de consultation du public.
  • Enfin, sur la question de la gestion des déchets radioactifs ultimes : Il existe en théorie plusieurs possibilités pour stocker dans la très longue durée des déchets radioactifs dont la durée de vie s’inscrit dans plusieurs milliers d’années (les HAVL ou déchets à haute activité et vie longue).

En France, deux lois de 2006 puis 2016 ont retenu le principe d’un stockage en couche géologique profonde, solution également expertisée dans la plupart des pays producteurs. Le projet français en cours de préparation (projet dit CIGEO) fait actuellement l’objet d’une concertation publique particulière.  https://meusehautemarne.andra.fr/la-concertation

Néanmoins, ce débat public est l’occasion d’expertiser si d’autres solutions peuvent être envisagées, et ouvrir pour l’avenir des pistes de recherche pour des solutions alternatives au stockage géologique.

La CPDP propose de mettre en exergue plusieurs thèmes dont certains ont trait spécifiquement à la gestion des différentes catégories de matières et déchets radioactifs (déchetsTFA, FA-VL, HA-VL, déchets hérités de l’histoire, déchets issus de la conversion de l’uranium…), d’autres aux questions liées au "cycle" du combustible (traitement du combustible usé, distinction entre matières et déchets...), d’autres enfin à des questions transversales (éthique, sûreté/sécurité, santé et environnement, économie, transport, gouvernance..).

 

Zoom sur les enjeux éthiques

La gestion des matières et déchets radioactifs nous engage en tant que société vis-à-vis des générations futures et entraîne nécessairement une réflexion éthique transversale à tous les thèmes. La CPDP a néanmoins souhaité, en plus des différents thèmes déclinés ci-dessous, organiser deux « cafés philo » spécialement dédiés à cette réflexion.

  • Café philo « Que lèguerons-nous à nos enfants ? »
  • Café philo « Quels sont les risques liés aux déchets nucléaires ? »

 

La gestion des déchets de très faible activité et les conséquences du démantèlement

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Stockage de déchets TFA au Cires (Source : Andra)

Issus majoritairement du fonctionnement, de la maintenance et du démantèlement des installations nucléaires et se présentant généralement sous forme de déchets inertes (bétons, gravats, terres ou métalliques), les déchets de très faible activité (TFA) sont stockés au centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage (CIRES) exploité par l’ANDRA à Morvilliers.

Leur volume va sensiblement s’accroître dans les prochaines années en fonction de la mise en œuvre du programme de démantèlement de certaines installations nucléaires.

Au regard de questions soulevées quant à la capacité maximale du CIRES, le débat public doit permettre d’examiner les pistes d’optimisation de gestion de ces déchets. Il s’agit d’examiner le cadre réglementaire et de discuter l’opportunité d’introduire un « seuil de libération », c’est à dire un niveau de radioactivité en dessous duquel les TFA pourraient être traités comme des déchets classiques.

 

 

L’entreposage des matières et déchets radioactifs : pourquoi, comment, combien ?

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Piscine d'entreposage des combustibles usés, Orano-La Hague (copyright Orano/Larrayadieu Eric)

Avant de pouvoir être retraités, les combustibles usés doivent être entreposés afin qu'ils refroidissent, dans un premier temps dans des piscines attenantes aux réacteurs puis dans les piscines de l’usine de la Hague.

Le débat public doit permettre d’évoquer les questions soulevées par l'augmentation annoncée des besoins d'entreposage dans les années à venir. Ces questions concerneront en particulier les modalités d’entreposage (en piscine ou à sec, centralisé ou décentralisé), la sûreté et la sécurité des installations, leurs impacts sur la santé et l’environnement, les coûts associés, etc.

 

 

 

La gestion des déchets ultimes (dits de « haute et moyenne activité, à vie longue »)

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Argile callovo-oxfordien, recherché pour le stockage géologique profond (Source : Andra)

Concernant la gestion des déchets les plus radioactifs, la France a fait le choix du stockage géologique profond avec le projet Cigéo géré par l’Andra. La loi du 25 juillet 2016 a introduit une période de réversibilité de ce stockage. Des questions demeurent sur cette notion de réversibilité, sur l’inventaire des déchets à stocker, sur la gouvernance à adopter sur le site. Une concertation dédiée à la mise en œuvre du projet Cigéo est actuellement en cours.

En dehors des questions propres à la mise en œuvre du projet Cigéo qui n’entrent donc pas directement dans le périmètre du débat, le débat public sur le PNGMDR est l’occasion de réfléchir sur les alternatives au stockage géologique profond en examinant notamment l’état des recherches en cours et les expériences de pays étrangers concernés.

 

 

La recherche de solutions de gestion pour les déchets de faible activité, à vie longue

Les déchets dits de faible activité à vie longue (FA-VL) comprennent :

  • Les déchets radifères (issus du traitement des minéraux contenant des terres rares) 
  • Les déchets graphite (issus de l’exploitation et du futur démantèlement des réacteurs de première génération dits UNGG) 
  • Les déchets bitumineux 
  • Certains résidus de traitement de conversion de l’uranium 

Les doivent faire l’objet d’une gestion spécifique adaptée à la fois à leur faible niveau de radioactivité et leur longue durée de vie. Le débat doit permettre d’évoquer les questions de l’inventaire de ces déchets et des modalités de leur gestion.

 

 

Le "cycle" du combustible (la problématique matières / déchets radioactifs ; mono recyclage et multi recyclage) 

Usine de traitement et de conditionnement des déchets nucléaires. Orano-La Hague (copyright Larrayadieu Eric)
Usine de traitement et de conditionnement des déchets nucléaires. Orano-La Hague (copyright Larrayadieu Eric)

Aujourd’hui, en France, les combustibles usés des centrales nucléaires font l’objet d’un retraitement qui permet d’en réutiliser une partie sous la forme d’un combustible dit « MOX ».

La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prévoit pour la période 2019-2023 de maintenir la politique de retraitement et d’étudier les modalités d’utilisation du MOX dans des réacteurs de 1300 MW, 1450 MW, 1600 MW (EPR) et à plus long terme, son recyclage dans le cadre des réacteurs à neutrons rapides (RNR).

Le débat doit permettre d’examiner les différents scénarios envisageables pour la mise en œuvre de la politique de retraitement et leurs conséquences sur les besoins d’entreposage du combustible usé pendant sa période de refroidissement ou sur le volume et la nature des stocks de déchets à gérer a gestion des déchets ultimes.

 

 

Les questions de santé publique et d’environnement

La réflexion sur la gestion des matières et déchets radioactifs et les modalités de leur mise en œuvre doit permettre d’évoquer les problématiques de santé ainsi que les impacts environnementaux à proximité des installations nucléaires, plus précisément des lieux d’entreposage et de stockage.

Il s’agira d’examiner les réglementations existantes, les études de santé réalisées, et les expertises du risque radiologique et nucléaire pour débattre sur l’exposition des citoyens aux rayonnements ionisants, les effets de la radioactivité sur la santé des populations et des travailleurs, ainsi que les impacts sur l’environnement.

 

 

La sûreté et la sécurité des installations d’entreposage et de stockage

Inspection AMI de Chinon
Inspection AMI de Chinon (ASN / G. Souvant / SIPA Press)

La gestion des matières et déchets radioactifs requiert que soit garanti aux citoyens un très haut niveau de sûreté et de sécurité. La survenance d’incidents sur des installations nucléaires, la catastrophe de Fukushima en 2011, l’apparition d’un risque sécuritaire nouveau, notamment depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, ont suscité des inquiétudes au sein de la société civile sur les risques naturels ou humains liés au nucléaire.

Le débat public doit permettre d’évoquer la question de la sûreté des installations, plus précisément des installations d’entreposage, de stockage, de faire le point sur les dispositifs de sûreté et de sécurité existants permettant de faire face à d’éventuelles défaillances ou actes malveillants.

 

 

Le coût et le financement de la gestion des matières et déchets radioactifs

La question de la gestion des matières et déchets radioactifs comprend celle de son coût global regroupant les coûts unitaires de production des matières, d’exploitation, d’entreposage, de stockage, etc.

Le débat doit permettre de discuter, au regard des différentes options énergétiques, des coûts passés, présents et futurs en tenant compte des dépenses d’exploitation, des dépenses de gestion future des combustibles usés, des charges issues du démantèlement, des charges de gestion des déchets, parmi lesquelles celles liées au projet de stockage profond des déchets ultimes.

Il doit permettre également d’évoquer la sécurisation du financement des charges nucléaires ainsi que la nature et le montant des provisions faite par les exploitants par la couverture d’actifs dédiés.

 

 

Le transport des matières et déchets radioactifs

Inspection d'un convoi de déchets radioactifs à Valognes
Inspection d'un convoi de déchets radioactifs à Valognes (ASN/P. Beuf)

Chaque année, environ 980 000 colis de substances radioactives sont transportés à l’occasion d’environ 770 000 trajets, principalement réalisés par la route. Ces transports présentent de très forts enjeux de sûreté et de sécurité notamment pour l’hexafluorure d’uranium, le combustible neuf et irradié, le plutonium et le combustible MOX.

Le débat doit permettre, à partir de la réglementation spécifique mise en place, d’évoquer plusieurs sujets tels que la robustesse des colis, la fiabilité des opérations de transport, la gestion des situations d’urgence, la garantie de la radioprotection ou encore la transparence de l’information.

 

 

La gouvernance et la démocratie

La question de la gestion des matières et déchets radioactifs a été pionnière dans le long processus de transparence et d’ouverture à la société civile de l’industrie nucléaire.

Plusieurs instances contribuent aujourd’hui à la transparence de l’industrie nucléaire et à son ouverture vers la société civile, parmi lesquelles le Haut Comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), les Commissions locales d’information (CLI) et leur association nationale, l’ANCCLI.

Le PNGMDR élaboré par le ministère de la Transition Ecologique et Solidaire et l’Autorité de Sûreté Nucléaire est lui-même régulièrement discuté au sein d’un groupe de travail regroupant l’ensemble des acteurs concernés, acteurs institutionnels, producteurs, associations environnementales, etc.

Le débat doit permettre de poursuivre ce travail et de réfléchir aux bases d’un dialogue approfondi, adapté aux enjeux territoriaux, entre les responsables de la gestion des matières et des déchets radioactifs, les territoires, et les citoyens. Le sujet de la gouvernance sera examiné tant pour la gestion sur du long terme des déchets ultimes que pour la définition des politiques de gestion du PNGMDR.

 

La gestion des situations historiques

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Déchet FAVL issu d'un paratonnerre (Source : Andra)

Certains déchets radioactifs anciens demeurent au sein ou à proximité d’installations nucléaires et ont fait l’objet de différentes modalités de gestion.

Le débat public doit permettre d’évoquer les questions de leur identification et de leur surveillance, ainsi que la définition de stratégies de gestion responsables et sûres.

 

 

 

 

 

 

La problématique des déchets miniers

Mine à ciel ouvert réaménagée de Bellezane (Limousin) ; (copyright Orano)
Mine à ciel ouvert réaménagée de Bellezane (Limousin) ; (copyright Orano)

L’exploration et l’exploitation des mines d’uranium en France de 1948 à 2001 ont généré des déchets, des stériles miniers (roche SKV) et des résidus de traitement (produits restant après extraction de l’uranium). Les premiers sont restés le plus souvent sur les sites de production, les seconds sont stockés sur 17 sites et relèvent de la réglementation des Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) et placés sous le contrôle de l’autorité de sûreté nucléaire.

Le débat doit permettre d’évoquer notamment le recensement des verses stériles, la réhabilitation des anciens sites miniers d’uranium et leur mémoire, la gestion des rejets, le traitement des eaux, et les incidences sanitaires pour les riverains.

 

Les déchets issus de la conversion de l’uranium

Vue aérienne de l'usine Orano-Malvési (copyright Orano)
Vue aérienne de l'usine Orano-Malvési (copyright Orano)

La conversion de l’uranium naturel constitue la première étape du "cycle" du combustible nucléaire. À cette occasion, des déchets spécifiques sont produits (déchets solides constitués par la fraction solide des effluents) placés dans des bassins de décantation qui sont entreposés sur le site INB Ecrin de Malvési.

Le débat public doit permettre notamment d’évoquer la gestion existante des « déchets historiques » (produits depuis 1960) à travers précisément, les modalités actuelles d’entreposage et la recherche d’une solution définitive, ainsi que le devenir des boues déshydratées après 2019.

 

Les déchets de la défense

Une partie des déchets radioactifs et des matières radioactives relève du secteur de la défense qui concerne principalement la propulsion nucléaire de certains navires ou sous-marins, la recherche associée, ainsi que les activités liées aux armées. Plusieurs centres s’occupent des opérations de démantèlement, traitent des matières radioactives, et du conditionnement des déchets. Certains sites constituent des installations nucléaires de base secrètes.

Le débat public pourra être l'occasion d'évoquer ce sujet et des informations pourront être données aux citoyens sur les modalités de gestion des déchets ainsi produits et les dispositifs existants.

 

Les déchets médicaux

Déchets médicaux de faible/moyenne activité à vie courte / FMAVC (Source : Andra)
Déchets médicaux de faible/moyenne activité à vie courte / FMAVC (Source : Andra)

Le secteur médical est à l’origine d’une production de déchets radioactifs consécutif à des analyses in vitro, in vivo ou à des radiothérapies.

La gestion de ces déchets est encadrée par la loi et par la mise en place de filières dédiées, destinées à maîtriser les risques d’exposition et de contamination des personnels, des patients et de l’environnement.

Le débat public pourra être l'occasion d'évoquer leurs caractéristiques et leurs modalités de prise en charge.

 

 

 

La gestion des déchets issus d’un accident nucléaire

Depuis 2005, le Comité Directeur pour la gestion de la phase post-accidentelle d'un accident nucléaire ou d'une situation d'urgence radiologique (CODIRPA), mis en place et animé par l’ASN, prépare les dispositions visant à répondre aux problèmes complexes de la gestion post-accidentelle, en particulier ceux portant sur la gestion sanitaire des populations, les conséquences économiques ou la réhabilitation des conditions de vie dans les zones contaminées. Il travaille notamment sur la gestion adaptée des déchets en situation post-accidentelle.

Le débat public doit permettre d’évoquer ce point très précis de la gestion des matières et déchets radioactifs, en réfléchissant notamment à l’implication de la population et des territoires dans la mise en œuvre de cette planification.

 

Les expériences étrangères

La question de la gestion des matières et déchets radioactifs ne peut être envisagée uniquement au niveau français et doit être également examinée au regard des réglementations internationale et européenne. Trente et un états disposent de réacteurs nucléaires et doivent également trouver une solution pour gérer les déchets radioactifs.

Les différentes réunions du débat public pourront permettre d'évoquer cet aspect et des informations pourront être données aux citoyens afin de disposer d’éléments de comparaison.

 

Les déchets nucléaires étrangers 

Le PNGMDR est un outil de programmation et de gestion des matières et déchets radioactifs issus de la production de l’industrie nucléaire française. Il existe cependant également sur le territoire français des matières et déchets radioactifs en provenance de l'étranger qui sont issus d’opérations de retraitement ou de traitement. Ces opérations de traitement-recyclage à l’international font l’objet d’encadrements légaux et réglementaires en matière de gestion des déchets issus de combustibles usés étrangers.

Le débat public pourra être l'occasion d'évoquer ce point et des informations pourront être données aux citoyens, notamment sur les modalités de mise en œuvre de cette réglementation et le sort des déchets étrangers dans l’attente de leur retour vers leur pays d’origine.

Le débat sur la 5ème édition du plan national de gestion des matières et déchets radioactifs est un débat particulièrement important pour l’avenir.

En effet, pour la seconde fois après le débat sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), il ne s’agit pas de débattre d’un projet industriel ou d’aménagement du territoire précis, mais en amont, au niveau national, de s’interroger sur les choix de gestion à faire et à mettre en œuvre dans les années à venir pour gérer au mieux les matières et déchets radioactifs issus notamment du parc industriel nucléaire français.

Le débat porte donc sur les décisions stratégiques devant être prises sur du court, du moyen et du long terme, relatives aux matières radioactives (telles que les combustibles usés, l’uranium, le plutonium, etc.), aux déchets radioactifs (des déchets très faiblement radioactifs, les plus nombreux, aux déchets de haute activité vie longue), au regard des choix énergétiques faits par le gouvernement en matière d’énergie, et précisément de la politique de retraitement retenue.

Les citoyens sont invités à débattre de toutes les filières existantes ou à définir ainsi que de toutes les questions transversales qui se posent : la sûreté et la sécurité des installations et des transports, les impacts sanitaires et environnementaux, les coûts et le financement, la transparence, la place de la société civile.

Infographie pourquoiparticiper

À quoi sert le PNGMDR ?

Le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs est un outil de pilotage (Art. L542-1-2 du code de l’environnement) mis à jour tous les 3 ans depuis 2006. Il est :

  1. Descriptif : il dresse le bilan de la gestion des matières et déchets radioactifs dans les années récentes ;
  2. Prédictif : il recense les besoins d’entreposage et de stockage et précise les capacités des ouvrages nécessaires ainsi que les durées d’entreposage ;
  3. Prospectif : il prescrit des recherches et des études sur la gestion des matières et déchets radioactifs ;
  4. Prescriptif : il formule des recommandations pour la mise en œuvre de nouveaux modes de gestion, la création d’installations ou la modification d’installations existantes.

Le PNGMDR s’inscrit dans le cadre juridique suivant :

  • La loi du 30 décembre 1991 (dite loi « Bataille ») relative aux recherches portant sur la gestion des déchets radioactifs, qui a conduit notamment à la création de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) ;
  • La loi-programme du 28 juin 2006 relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs, qui a notamment instauré le principe du stockage réversible en couche géologique profonde des déchets radioactifs à vie longue de haute ou de moyenne activité ;
  • La loi du 25 juillet 2016 qui précise les modalités de création et d’installation de stockage réversible en couche géologique profonde des déchets radioactifs de haute et moyenne activité à vie longue.

Le PNGMDR est également régi par une directive européenne :

  • La directive 2011/70/Euratom du 19 juillet 2011, (directive « déchets ») qui impose que les États membres se dotent d’une politique nationale de gestion du combustible usé et des déchets. Cette directive consacre les principes suivants :
    • pollueur-payeur, avec une responsabilité en dernier ressort de l’État membre pour les déchets radioactifs produits sur son territoire ;
    • minimisation du volume et de la nocivité des déchets radioactifs produits ;
    • protection de la santé des personnes, de la sécurité et de l’environnement ;
    • stockage des déchets dans le pays où ils ont été produits.

Bien qu’en étant à sa 5e édition, le PNGMDR est pour la première fois soumis au débat public, à la suite de la modification du code de l’environnement par une ordonnance du 3 août 2016. Celle-ci prévoit que la Commission nationale du débat public soit saisie de tous les plans et programmes d'importance nationale et décide des modalités d'organisation de la participation du public.  

Le débat public doit mettre en lumière comment cet outil de programmation s’inscrit dans la politique énergétique nationale et ses évolutions possibles, au regard de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

À quoi sert le débat sur le PNGMDR ?

Le débat sur le plan national de gestion des matières et des déchets radioactifs est un débat particulièrement important pour l’avenir. Après le débat sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) c’est seulement le deuxième débat public qui permet d’interroger une stratégie d’ensemble, à l’échelle de tout le territoire national.

Le débat doit permettre d’interroger et d’enrichir les décisions stratégiques de court, moyen, et long terme à la fois :

  • Sur des choix de gestion précis (gestion des combustibles usés, des déchets issus du démantèlement des centrales, des capacités d’entreposage, etc.)
  • Sur des questions transversales (sûreté, sécurité, impacts sanitaires et environnementaux, coûts et financement, gouvernance…)

Parmi l’ensemble des sujets traités au sein du PNGMDR un certain nombre d’enjeux se détachent comme étant particulièrement importants, que ce soit sur le plan technique, politique, économique ou sociétal. La CPDP a tenu à qu’ils soient facilement identifiables par tous, et à ce que les rencontres du débat permettent de les aborder. Découvrez les thèmes du débat.

 

 

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